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Poésie, photos, musiques et partage

Mardi poésie... 19-2022

 

 Je garde le souvenir de Lady Marianne  en ce mardi poésie.
Continuons le défi, Lady reste avec nous.

 

Un poème qu'on aime, quelques mots si l'on veut.
Un poème de Ghérasim Luca...
La sainte communion

Le 8 mai j’avais quitté l’usine effiloché comme d’habitude 
couvert de poussière dans les rues coudoyant des messieurs en pelisses
parmi de belles femmes fatigué et effiloché
et un humide dégoût emplissait ma bouche 
cette belle dame m’avait perçu du haut de sa voiture 
j’étais un gars pas mal – le crachat ça ne se voit pas 
elle avait des cheveux ondulés et une voiture 
ma présence là noyée de poussière éveillait en elle un suave frisson sous ses bas
et jusqu’à la porte de son appartement luxueux la voiture légère a roulé 
où travailles-tu me demanda-t-elle pendant qu’elle enlevait son manteau 
depuis quelques jours à l’usine de gaz 
tu es un gars bien bâti et assez beau tu pourrais mieux gagner 
depuis six mois et jusqu’à hier je ne mangeais qu’une fois tous les deux jours 
notre discussion pouvait se prolonger à l’infini 
mes paroles à moi sentaient le pain le gaz 
elle gazouillait comme un piano ouvert des paroles de romances à la mode 
et pourtant la manière virile dont ma chair s’arrondissait sur les os 
faisait que nous nous entendions à merveille 
l’heure est avancée, couchons-nous 
le lit sentait moelleusement le chaud et le propre
la dame savait mieux faire l’amour que discourir 
et moi j’aimais ses cheveux parce que j’avais besoin de les tirer. 
Le matin elle me dit au revoir mon cher 
(il était 5 heures et à 6 l’usine ouvrait) 
nous nous reverrons ce soir à 8 nous dînerons ensemble 
auprès de mes paroles sentant le pain le gaz 
je conservais une bouche pleine de crachats
elle la vit elle s’en effraya 
cette belle dame avec laquelle toute nuit je me suis promené dans l’amour et l’automobile – elle disparut 
à sa place fumait une vieille ridée, ses lunettes sur son nez qui lisait assidûment les Saintes Écritures.

(Publié dans « Meridian » N° 11,1927, puis traduit du roumain par Micaela Slăvescu et cité dans « La Réhabilitation du rêve », p. 510-511)

Source Babelio

 Pour en savoir plus ICI.

 
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M
Un texte qui m'a touchée avec cette fin surprenante. Que reste t'il de nos amours et de notre jeunesse ?. Bisous
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